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Quelques actualités du chômage

Le chômage baisse-t-il ?

NON.
Enfin peut-être. Mais pas vraiment.
Il convient tout d'abord de faire la différence entre chômage apparent et chômage réel. Et si le chômage apparent baisse, il est certain que l'emploi stagne : cette année, si l’on projette les derniers chiffres de l’INSEE, le nombre des chômeurs officiels devrait baisser de 11% sur un an tandis que l’emploi ne devrait croître que de 0,8% contre 4,1% il y a cinq ans. De plus, il convient d'affiner la notion d'emploi, dans le sens où celui qui l'exerce est censé pouvoir en vivre dignement.

Cette synthèse tente d'explorer le phénomène dont se vante le gouvernement Villepin depuis plus d'un an de baisse consécutive : info ou intox ? Que cachent les chiffres ? Comment calcule-t-on le nombre de chômeurs ? Comment l'emploi est-il évalué, et que devient-il ?


Procédons par ordre...

CHÔMAGE

Les demandeurs d'emploi "officiels" (de catégorie 1 alors qu'il y en a 8) ne représentent que 57% de tous les inscrits à l'ANPE
Chômage : le grand camouflage
Les chiffres ignorent un chômeur sur deux. Ou comment la gestion de la statistique a pris progressivement le dessus en créant des chômeurs «invisibles» : ceux des DOM qui ne figurent pas dans les résultats mensuels, les précaires et les emplois aidés "non disponibles immédiatement", les chômeurs en formation...
Egalement, 400.000 "seniors" sont dispensés de recherche d'emploi (DRE) et n'apparaissent pas non plus dans le taux officiel. Selon les sources, entre 45 et 54.000 "stagiaires de la formation professionnelle" sont escamotés par le dispositif CRP (convention de reclassement personnalisée) alors qu'ils ont été fraîchement licenciés.

47,8% des chômeurs ne sont pas indemnisés
Ils n'ont pas cotisé assez pour ouvrir des droits (jeunes, précaires…), ou ils sont en fin de droits mais leur conjoint travaille et ils n'ont pas droit à l'ASS ou au RMI (attribués par foyer fiscal). Ne pouvant prétendre à aucune allocation, nombre d'entre eux ne voit pas l'intérêt de s'inscrire et de pointer à l'ANPE (notamment les moins de 25 ans qui ne bénéficient même pas du RMI) : ils sont donc exclus des statistiques.
Baisse constante des chômeurs indemnisés
Pour limiter son déficit, l'Unedic a fait en sorte de durcir toujours plus les conditions d'accès à l'assurance-chômage. Et ça marche :
Assedic : 10% d'allocataires en moins sur un an

Les radiations administratives ont explosé depuis 10 ans
Elles représentent 10,4% des cas de sorties du chômage contre seulement 2% en 1996.
AC! dénonce l'explosion des radiations
Corroborant l'étude d'Agir ensemble contre le chômage, le mensuel Alternatives Economiques constate que la convocation systématique des chômeurs s’accompagne mécaniquement d’une augmentation des radiations. De 1991 à 2003, les sorties de l’ANPE pour absence au contrôle ou radiation ont augmenté de 24%. Entre 2001 (mise en place du PARE) et 2002, le nombre de radiations des listes a augmenté de 35%.

Le nombre des RMIstes a explosé : + 20% depuis 2002
Le chômage de longue (+ d'un an) voire de très longue durée (+ de 3 ans) n'a cessé de croître : en 2004, il représentait 30% des inscrits à l'ANPE. Les "fin de droits" de l'Assedic sont déjà 400.000 à percevoir l'ASS (allocation spécifique de solidarité, ancêtre des minima sociaux créé en 1984, + 4% de hausse sur un an), mais les chômeurs les plus «invisibles» sont bien les 1,2 million d'allocataires du RMI (revenu minimum d'insertion, créé en 1988 et versé par la CAF) dont l'immense majorité ne pointe pas à l'ANPE et échappe aux chiffres du chômage.
Toujours plus de RMIstes
Particulièrement stigmatisés, ils sont la proie idéale des contrats aidés.

EMPLOI

Emplois, ou sous-emplois ?
Le comptage des emplois ne tient absolument pas compte de leur nature : ainsi, par exemple, sur 100.000 emplois créés, si le tiers est à temps partiel et la moitié à durée déterminée, on ne peut parler d'emplois à proprement dit mais de sous-emplois. Il est donc important d'évaluer les emplois en équivalent temps plein (nombre total d'heures travaillées divisé par la moyenne annuelle des heures travaillées dans des emplois à plein temps sur le territoire économique) :
Chômage officiel et chômage réel en 2005
Ainsi l'INSEE a relevé l'existence de 5.848.000 chômeurs "équivalent temps plein" sur une population active occupée de 24.921.000 personnes, alors que la population active totale (occupée + chômeurs officiels) totalisait environ 27.600.000 individus. Ce qui, pour 2005, donnait un taux de chômage en équivalent temps plein de 20,9%...

Un comptage quantitatif, et non qualitatif
Contrats aidés, emplois de service, missions d'intérim ou CDD sans issue : encouragés par la politique du gouvernement, 70% des offres d'emplois restent dans le champ de la précarité et du Smic.
ANPE : zoom sur les 940.000 offres du 2e trimestre
Les "emplois durables" ne représentent que 30% des offres de l'ANPE (si l'on considère que les CNE et les CDD de plus de 6 mois sont "durables")...
Intérim : + 8,6% sur un an
Pour une moyenne de "près de deux semaines", les missions d'intérim explosent. A l'issue de ce travail temporaire subi, peu de chance de décrocher un CDI ou même un CDD. Le ministère du Travail considère que l'évolution de l'intérim est un "indicateur précurseur" de l'évolution de l'emploi salarié qui, pourtant, n'a progressé que de 0,9% sur un an : cette hausse de l'emploi intérimaire confirmerait la tendance optimiste "à la reprise"... On en doute.
SMIC : vers la suppression de toutes les cotisations sociales des TPE
Au nom de sa «bataille pour l’emploi», le gouvernement "revalorise le travail" en encourageant les bas salaires. En 2005, 17% des salariés sont Smicards (ils étaient 16% en 2004 et 14% en 2002)... et la majorité des offres pour des emplois même très qualifiés proposent désormais le salaire minimum.

Retour à la case départ !
Alain Vidalies, secrétaire national du PS aux entreprises, disait le 27 juillet dernier : "Aujourd'hui, le taux de chômage atteint 9% de la population active, exactement le même chiffre que lorsque le gouvernement de droite est arrivé aux affaires… C'est donc quatre ans de perdus dans la bataille pour l'emploi !"
Nouvelle baisse du chômage en juillet : 8,9%
Voir la courbe => en 2000, le solde des créations nettes d'emplois était de + 566.600, en 2001 de + 248.300. A l'arrivée de la droite en 2002, il a plongé avec + 28.600, et en 2003 - année Raffarin ! - le solde fut historiquement négatif avec 72.900 emplois détruits. Malheur à ceux/celles qui ont été licencié(e)s à cette époque : trop vieux, trop chers, l'inemployabilité leur est impitoyablement tombée dessus ; c'est là qu'on recense les chômeurs de très longue durée qui n'ont pas pu sortir du trou creusé par une politique désastreuse qui a favorisé la discrimination à l'embauche et la réduction drastique des formations qualifiantes.
Si une timide reprise s'est amorcée depuis 2004 (+ 17.200), les soldes créditeurs sont dérisoires : seulement 100.000 emplois ont été créés dans le secteur privé depuis un an alors que le nombre de chômeurs a baissé de 260.000 sur la même période…

Le leurre du "papy-boom"
Le "choc démographique" n'aura pas lieu. Sur les 600.000 départs annuels à la retraite actuels et escomptés pour les années à venir, seul un tiers des postes seraient visiblement maintenus, les autres ayant été supprimés ou délocalisés. De quoi faire déchanter Jean-Louis Borloo qui misait dessus pour faire baisser le chômage !
«Choc démographique» ne veut pas dire «recrutement»
Ou comment le papy-boom est une aubaine pour geler, voire réduire ses effectifs.
Supprimer des emplois sans licencier
Ou comment le papy-boom permet de supprimer des milliers d'emplois avec pour objectif "zéro chômeur", une astuce déculpabilisante qui a aussi pour conséquence de maintenir une seule génération au travail...

Les emplois de demain...
Ce ne sont plus des centaines mais des milliers de suppressions d'emplois qui se profilent à l'horizon : Airbus, PSA Peugeot Citroën, AXA, les câblo-opérateurs et leurs sous-traitants, les équipementiers automobiles, l'industrie du verre... A cette allure combien de temps ces chiffres vont-ils rester "bons" ???
Baisse du chômage : pour combien de temps ?

ILS L'ONT DIT

Jean-Pierre Revoil, le directeur général de l'Unedic, a déclaré en février dernier : Le chômage est à 12%... On est loin du compte, mais c'est un début.

• De Jack Lang en passant par François Bayrou ou Philippe de Villiers, sur le plateau d'Arlette Chabot en avril dernier, nous étions 5 millions de chômeurs en France, tout le monde est d'accord !

Sans oublier, fin 2004, l'introduction du Plan de cohésion sociale de Jean-Louis Borloo qui annonçait 4 millions de chômeurs, ou les récents propos de François Chérèque de la CFDT, qui nous estime "entre 3,5 et 4 millions"...

 

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